@PSG_inside : #hashtagueule à la récré

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En recrutant Lucas Moura cet hiver pour 45M€, le PSG a mis la main sur un incroyable outil de communication : plus de 750k followers sur Twitter. Rien que ça. Mieux que L’Equipe, France Football, Le Parisien ou le Twitter officiel du club. Alors, forcément, on a eu envie de s’intéresser au rôle d’attaché de presse et on a décidé de rencontrer @YannGUERINBro (les puristes apprécieront le côté fraternel), le Monsieur Média au PSG*.

Depuis que « mon ami qatari » a investi au Paris Saint-Germain, le club de la capitale rêve de contrôler chaque article paru dans la presse, chaque blaguounette démago entendue sur les ondes ou chaque commentaire publié sur un forum lambda. Au Parc des Princes, un homme est payé, plutôt pas trop mal, pour s’assurer des bonnes relations entre le club et les principaux médias. Sur une brochure publiée par L’Etudiant, c’est ce que ta conseillère d’orientation appelle vulgairement « attaché de presse« . Anne Roumanoff irait jusqu’à parler d’un attaché de presque. Au PSG, nous aussi on en a un et il s’appelle Yann Guérin, comme le célèbre milieu de terrain des années 1990 sauf qu’il n’a pas la même aisance balle aux pieds. Lui, il nous vient de Chenôve, une petite bourgade viticole dans la banlieue de Dijon, et il a le costume Daniel Hechter de l’homme compétent. Vous l’avez forcément vu lors d’une conférence de presse : c’est lui qui apporte le maillot à la nouvelle recrue depuis que Bruno Skropeta est parti s’isoler sur Le Rocher. En zone mixte, quand Carlo Ancelotti parle aux médias dans un français impeccable, il y a toujours une tête en second plan qui rappelle aux journalistes qu’il ne reste plus qu’une seule question avant que le joueur ne retourne conduire sa voiture de luxe. Moi, je suis prêt à rencontrer cet homme mal cadré dans le Canal Football Club pour le mettre en avant dans la petite lueur AllPSG. Je l’attends à l’accueil du club, au deuxième étage, après avoir laissé mon passeport à l’homme en costume et à la cravate rouge. Une ravissante secrétaire, qui a l’accent venu d’ailleurs, m’assure que Môsieur Guérin ne va pas tarder à me recevoir et me serre un café bien serré, avec une touillette recyclée, pour rendre mon temps d’attente plus supportable.

– « Tu dois être Guillaume« , remarque le fameux @YannGUERINBro en s’approchant de moi et en m’adressant une accolade comme si nous étions les meilleurs amis du monde et que nous nous retrouvions à la dernière réunion des anciens d’HEC. Je suis ému, au PSG, on m’appelle par mon prénom, pas par mon numéro client. Yann balaie d’un seul revers de main toutes les idées pré-fabriquées que l’on peut entendre quand on parle aujourd’hui du Paris Saint-Germain : l’humain est placé au premier plan, contrairement aux gens de sa profession.
– « Michel Mimran m’a tellement parlé de toi« , me glisse-t-il au moment où il penche sa tête au-dessus de mon épaule. Montana, la petite voix off qui m’accompagne à l’intérieur de ma tête, espère qu’on y a dit que du bien. Lucide, je sais que je suis dans les locaux du Paris Saint-Germain, que je ne suis pas à gamberger sur ce nuage rose de barbe-à-papa où tout est plus merveilleux que dans la vraie vie. Je ne lui demande pas d’approfondir, je ne voudrais pas tomber de mon piédestal.
– « Puis-je te faire la bise?« , ose-je malgré tout lui demander dans un élan de confiance. A l’heure du tout numérique, j’aurais pu lui adresser un bonjour 2.0. Mais, le poke, dans la vraie vie, risque d’alimenter mon image de geek. Et puis, si on commence la rencontre à s’échanger des doigts, je ne sais pas jusqu’où cette histoire peut aller…
– « Bien sûr, n’hésite pas. J’ai mis Le Mâle de Jean-Paul Gautier, c’est pour qu’il soit senti. Dans la comm, on est moins coincé du cul que chez nos amis du Marketing« , m’avoue-t-il en pouffant bêtement à sa blague. Par politesse, je pouffe à mon tour : j’ai toujours rêvé de plaisanter avec les puissants de ce monde. Après quelques secondes de vives galéjades, Yann retrouve ses esprits et me prend en main. Il est un grand homme. Il sait me recevoir comme il se doit. J’ai peur qu’il me tienne par les sentiments. Il a carrément privatisé le salon du président, celui où il y a des maillots originaux collés sur le mur, comme pour reprendre le style archi-connu du meilleur bar de l’ouest parisien : Les 3 Obus. Je profite de l’occasion pour informer ma communauté sur Facebook : Guillaume Blanc est au Parc des Princes. Pierre aime ça. A présent, notre entretien peut commencer.

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Depuis le départ de Mathias Barbera, vous êtes le nouvel attaché de presse du Paris Saint-Germain. Comment en êtes-vous arrivé là?

Pour tout te dire, c’est assez simple. Je n’ai pas de compétences particulières : j’ai fait mes gammes à l’Olympique de Marseille. Mon fonds de commerce à moi : c’est La Provence. Je n’ai pas l’âme du salarié-supporter. Je suis là pour prendre un chèque à la fin du mois le plus longtemps possible. Pour occuper mon poste, ce n’est pas une question de talent mais d’opportunités. Les mauvaises langues parlent de copinage mais ils ne sont pas très loin de la vérité. Il y a pourtant tellement d’attachés de presse à Paris mais ils ont quand même réussi à me recruter moi, un fan de l’OM. Mon ami Mathias Barbera, avec qui je gardais de bonnes relations quand je faisais ce même boulot auprès de Pape Diouf, m’a dit que son poste était à prendre. J’ai vu de la lumière, je suis rentré en premier et je me suis assis à sa place. C’est aussi simple que ça. En ces temps de crise, j’ai conscience que j’aurais pu tomber sur pire, je venais de terminer une pige douloureuse à Lorient. J’aurais pu finir au McDo de la Porte de Saint-Cloud à faire des frites les soirs de matches mais j’ai eu de la chance. Parfois, tous les matins en arrivant, j’ai envie de dire qu’à Paris j’ai trouvé une famille, mais il ne faut quand même pas exagérer.

Donc en fait, vous gérez l’image du PSG sans croire au produit?

Oui et non. Je suis avant tout un grand professionnel. Au prix où on me paye, je vous promets que je commence à avoir l’amour du maillot. En plus, dans mon petit village de Côte d’Or, dans le PMU du coin, je passe pour un notable auprès de tous mes amis d’enfance qui s’envoient des godets toute la journée et qui attendent les vendanges. Je n’allais quand même pas refuser le PSG sous prétexte que j’ai travaillé à l’OM : ce serait complétement con comme raisonnement. Est-ce que Brad Pitt a refusé Angelina Jolie sous prétexte qu’il avait déjà trempé son biscuit chez Jennifer Aniston? Vous vous rendez compte de l’opportunité de carrière qui s’est présentée à moi?

Et sur le terrain, ça se passe comment?

Très bien! Je n’ai aucun contact avec les supporters. Au quotidien, il n’y a personne pour me reprocher mon passé. Après, dans le milieu des journalistes, c’est une toute petite famille où tout le monde se connaît. Hélène Foxonet de L’Equipe n’a eu aucun mal pour me recommander auprès de Jérôme Touboul. Christian Rodat à La Provence n’a pas eu de difficulté pour m’introduire auprès de Ronan Folgoas au Parisien. A l’époque, Bruno Skropeta était déjà très proche de ses amis de TF1. Bref, les présentations ont vite été faites.

Pour un attaché de presse, ce doit être formidable d’avoir un joueur du calibre de Lucas : vous n’avez plus besoin de passer par les médias traditionnels pour vous adresser à votre cible…

Détrompe-toi : j’ai un travail titanesque. Le PSG recrute pour faire face à cette nouvelle demande. On embauche des stagiaires pour qu’ils surveillent les joueurs sur la toile. 420€ par mois pour traîner sur Facebook et Twitter, il y a pire dans la vie, ne trouves-tu pas? Contrairement à tous les stagiaires de France, eux se font engueuler s’ils ne sont pas sur les réseaux sociaux durant leurs heures de travail. Tous les six mois, Julie des RH embauche une jolie étudiante du CELSA pour qu’elle suive la vie de @PochoLavezzi ou de @Javi_Pastore. Et elle aime ça.

Enfin, tous les stagiaires n’ont pas l’air d’aimer leur situation au Parc des Princes…

C’est faux. Si tu fais allusion aux trois rigolos qui ont décidé de pleurnicher leur précarité sur les Champs-Elysées, ce n’était pas lié à leur rémunération dans le fond. Le conflit est né pour une histoire de retweet. Le stagiaire qui était responsable d’Ezequiel Lavezzi n’a pas apprécié que l’Argentin ne reprenne pas son tweet. Son pote voulait un poke de Javier Pastore. Et le dernier était en colère parce que @hoarauguillaume ne voulait pas le suivre sur Twitter.

En apprenant que Lucas allait débarquer au Paris Saint-Germain, comment avez-vous réagi?

J’ai eu très peur. En interne, vous n’imaginez pas à quel point mon univers est impitoyable. Travailler au PSG, ce n’est pas facile. Le club essaie de vous faire rêver plus grand. Pour moi, tout cela n’est qu’un cauchemar. Je me suis demandé comment allais-je bien pouvoir faire face à un tel générateur d’audience. Rien que pour gérer l’image de Zlatan Ibrahimovic, on a mobilisé toute une équipe de six membres pour le quotidien. Aujourd’hui, pour bosser au PSG, il faut parler anglais, espagnol, mandarin, portugais ou même chinois. Si tu ne connais pas la biographie Wikipédia de Tamim Bin-Hamad Al-Thani en arabe, ce n’est même pas la peine de se fatiguer à rédiger une lettre de motivation. Il est fréquent de recevoir des demandes d’interviews de magazines de pêche et de chasse. Tout le monde veut parler de la marque PSG. Et aujourd’hui, je dois faire face à un nouveau média géré par un gamin de 20 ans venu d’Amérique du Sud. Je regrette l’époque où Siaka Tiéné et Mevlut Erding étaient nos principaux outils de communication : à la belle époque, ma journée était finie à 14h30.

Mais quand même, grâce à @LucasnaRede_ et à tous ses followers, vous avez trouvé un nouveau canal pour vendre du « temps de cerveau humain disponible« …

Oui, tu as raison. Grâce à Lucas, il est vrai qu’il va être plus facile pour nous de commercialiser davantage de maillots du PSG ou des abonnements à PSGtv pour permettre à ses admirateurs de revoir ses matches en vidéo. Mais en terme de communication, on va devoir en placer du produit pour rentabiliser le joueur : 45M€ pour 750.000 followers, ça nous fait un contact à 60€… A ce prix-là, j’espère qu’il va nous laisser administrer son compte Twitter pour mettre en avant les vidéos de Julien Roger au moins une fois par jour.

D’un côté, on s’aperçoit que le club se sert de ses nouveaux joueurs pour accroître, à juste titre, sa notoriété all over the world, que le club entretient de très bons rapports avec les médias et, dans un autre temps, on remarque qu’il y a de plus en plus de fanzines qui contribuent au rayonnement du club sans que cela ne puisse être contrôlé. Pour toi, attaché de presse, cela doit être un problème pour maîtriser l’image du club dans les médias et éviter certaines fuites ou sujets sensibles…

Effectivement, c’est un sujet assez problématique. Prenons les cas de Lucas, Pocho ou Flaco : ce sont de véritables institutions sur Internet. Quand Ezequiel Lavezzi se prend en photo sur les Champs-Eylsées, il génère autant de trafic que PSG.fr en deux heures. Sur le terrain médiatique, le joueur est plus puissant que le club. Mais pour nous, avec le bon sens du joueur, il est facile de le contrôler et de limiter les dérapages. Même si on n’a pas besoin de leur dire ce qu’ils ne doivent pas faire, on a toujours la possibilité de ne pas verser une prime en cas de mauvaise conduite ou de propos inapproprié. Si Ezequiel Lavezzi a envie de dire : « Me gusta Le Bonheur Des Dames« , il n’y a aucun mal, il le fait en son propre nom tout en sachant que ses tweets n’engagent pas que lui. Si Javier Pastore veut flatter le Milan AC, on sait le sanctionner financièrement pour qu’il évite de dire trop de tonterías. Mais, pour en revenir aux sites de supporters, pour la très grande majorité, on peut parler de cybersquattage. Je pense à des sites comme AllPSG, PlanètePSG ou LMDPSG entre autres. Même s’ils ne s’adressent qu’à 15k visiteurs uniques par jour, 25k pour les meilleurs, ils peuvent générer un déficit d’images pour la marque PSG : leur lectorat représente malgré tout un Parc des Princes tous les deux jours…

Est-ce à dire?

Concrètement, si un supporter veut dénigrer la politique sportive ou extra-sportive du club, il bénéficie d’une incroyable fenêtre de tir. Oui, ton AllPSG, ce n’est que 10% de PSG.fr mais ça reste colossal. On ne peut pas passer pour des guignols auprès de plusieurs milliers de personnes sans réagir. Chaque année, le prince, elle dépense plusieurs centaines de millions d’euros pour bâtir une grande équipe et soigner l’image du Qatar : ce n’est pas pour se faire saboter par quelques rédacteurs bénévoles, plus ou moins diplômés, qui ont du mal à mettre 250€ sur un PEL à la fin du mois.

Mais pourquoi les supporters diraient du mal de leur propre club, qu’ils vénèrent tant?

Parmi ces supporters, il reste encore des ultras. Je sais, le terme peut être galvaudé de nos jours mais ils ont dans leurs équipes des mecs qui se dévouent tous les jours, du lundi au dimanche, et qui sacrifient une partie de leur vie pour faire vivre ces sites. Ils se croient tout permis et vivent trop leur passion pour le PSG. Ca nous emmerde qu’il y ait des imposteurs qui veulent nous apprendre ce qu’on doit faire. On ne leur doit rien, on n’a pas de compte à leur rendre. Et en plus, ils osent faire du commerce sur notre marque en vendant des maillots du PSG de 2009!

Oui, mais c’est le propre de toute entreprise. Quand vous allez faire vos courses chez Carrefour, que la caissière met trois heures et qu’elle vous facture cinq fois le même article en vous prenant ouvertement pour un abruti, vous avez quand même le droit de râler…

Je ne fais pas mes courses chez Carrefour : Colony Capital n’est plus actionnaire du PSG.

Mais, de toute façon, il n’y a pas que les supporters qui donnent leurs avis. Il y a surtout les journalistes.

Les journalistes, ils sont faciles à maîtriser. Je suis bien placé pour en parler, c’est mon travail. Si Le Parisien décide de dire du mal du PSG, il me suffit tout simplement de changer les horaires de convocation de la prochaine conférence de presse, de ne plus répondre favorablement aux demandes d’interviews ou d’empêcher l’accès au Camp des Loges. Après un mois à réfléchir : je peux vous promettre qu’ils étudieront à deux fois les avantages et les inconvénients avant de raconter certaines choses…

Mais, de toute façon, en leur achetant de l’espace publicitaire, ils sont un peu menottés…

Oui, le clientélisme fait partie de notre stratégie. En ces temps de crises, les régies publicitaires ne sont pas débordées par le travail. Forcément, quand on a un client qui claque quelques millions d’euros, ils font tout leur possible pour en prendre soin le plus longtemps possible. Et vu que la France n’est pas prête de sortir de la crise avant 2018, les régies publicitaires devraient encore avoir besoin de nous pour un long moment… De toute façon, si ça ne suffit pas, Nasser Al-Khelaïfi peut toujours acheter le conseil d’administration d’un groupe de presse. Prends l’exemple de QSI avec Lagardère : il a la main sur Le Parisien et Europe 1 entre autres. Avec BeIn Sport, il a pratiquement le monopole sur le contenu (la Ligue 1). Donc non, vraiment, un journaliste n’a aucun intérêt à aller contre la volonté du PSG : il ne va pas scier la branche sur laquelle il est confortablement assis.

Mais alors, comment comptez-vous contrôler les sites de supporters peu favorables?

Pour certains fanzines, on leur accorde des licences temporaires. En d’autres termes, s’ils ont une ligne éditoriale qui nous est bénéfique, on peut leur ouvrir en grand les portes. On leur donne des autorisations pour exploiter les photos de Christian Gavelle, on les aide à mettre en place des jeux-concours avec de la billetterie ou en les invitant à des petites sauteries entre amis… Un maillot Nike à 35€ contre la paix sociale, c’est très facile à mettre en place. Et, le jour où la ligne éditoriale ne nous convient plus : on les fait fermer. La plupart de ces fanzines utilisent la marque PSG dans leur nom de domaine pour leur activité. Avec un bon avocat, on sait faire fermer un site Internet en quelques semaines pour cybersquattage. La procédure est très facile et ne dépend pas d’une quelconque trêve hivernale. A Marseille, on l’avait déjà fait et on a gagné…

Mais le jour où cela arrive, ils peuvent toujours remonter un autre site ailleurs…

Oui, c’est vrai. Tu prends le cas d’AllPSG, il peut toujours être renommé 100% légalement en AllTralala, AllParis, AllPaname ou AllFoot.com/PSG par exemple. Mais je doute qu’ils savent rediriger une URL et que leurs internautes aient l’idée de changer l’adresse dans leur navigateur. Sur Google, ils repasseraient au moins en dixième page sur le mot PSG qui disparaît de leur nom de domaine. Pour un site de supporters, ce serait dramatique pour leur trafic : il serait divisé par 100, ils rempliraient un Charléty toutes les trois semaines. Ils auraient toutes les peines du monde pour s’en remettre. Mais c’est à eux de voir s’ils veulent être dans le conflit ou pas…

Comme le veut l’usage : un grand merci à @YannGUERINBro tout en espérant que les projets du club se concrétisent…

*Discours fictif. Toute ressemblance avec la réalité ne serait que fortuite.
 

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