Un Pastore, ça joue où ?

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Dans la « pAll’ette de Franky », retrouvez aujourd’hui l’analyse de notre rédacteur Franky Sharp sur le rôle et l’impact de javier Pastore dans le jeu parisien.

Revenons à l’été 2012. La saison commence avec beaucoup de promesses pour nous, supporters du Paris Saint-Germain. Les recrutements prestigieux de Zlatan, Thiago Silva ou Ezequiel Lavezzi nous font « rêver plus grand » et confirment le passage du PSG dans une nouvelle dimension. Malgré tout ces changements, le mois de Juillet est aussi rythmé par une des questions qui nous préoccupe tous : Est-ce que Javier Pastore va enfin exploser ?

Il faut dire que la saison précédente, Javier a montré à tout le monde qu’il était techniquement supérieur à n’importe quel joueur de ligue 1. Sa vision du jeu lui permet aussi de déstabiliser un bloc défensif par une passe ou une simple déviation. C’est donc dans cette logique que tout le monde attend qu’il confirme les promesses de son talent sur la durée d’un match, et d’une saison.

Javi, accélérateur de particules

Mais quel type de joueur est Javier Pastore? Arrivé méconnu malgré un grand statut d’espoir en Italie, personne ne sait vraiment comment il joue. Si on comprend assez vite grâce à Youtube qu’il a un amour profond pour le petit-pont et la talonnade, peu sont capables de parler de son influence sur le jeu et de son rôle dans un collectif.

Après un an et demi passé à observer notre phénomène Argentin, quelques conclusions commencent à pouvoir être tirées.

Les principaux atouts de Pastore sont ceux d’un milieu offensif créatif de tout premier plan. Une vision du jeu superbe et une qualité de passe des deux pieds qui lui permettent de trouver les attaquants dans la profondeur ou de trouver des intervalles. Ainsi, il ne sera pas nécessairement passeur décisif, mais c’est souvent lui qui sera à l’origine du mouvement, du décalage qui créera une situation du but dangereuse.

Une de ses grandes forces et d’être capable de le faire en jeu court comme en jeu long. Ce fut le cas contre Evian par exemple où il décalait parfaitement Jallet pour amener le but d’Ibra (Image dessous). Sur cette action, c’est sa talonnade subtile qui donne de la vitesse au jeu Parisien sur une action qui était jusque la sans mouvement face à un bloc défensif regroupé jouant très bas.

 

 

Contre Ajaccio, lors de la deuxième journée, c’est une ouverture de près de 50 mètres pour Nene qui amena une action de but vendangée par Menez.

 

 

En gros, c’est par une passe ou une déviation que Pastore amène de la valeur au collectif parisien. Il accélère les mouvements de jeu et trouve des brèches dans le bloc défensif adverse. Avec Lavezzi, Menez et Lucas, Il a des partenaires capables d’utiliser leur vitesse et leur technique pour créer des appels dans la profondeur et profiter de ses caviars dans le dos des défenseurs adverses.

Pour les supporters, il faut accepter deux choses dans son jeu qui ne changeront surement jamais, ou peu et qui sont intrinsèques à ses qualités :
1) Premièrement, il y aura du déchet dans son jeu. En cherchant des passes ou des déviations rapides et tranchantes, il s’expose à avoir moins de réussite dans ses tentatives. C’est le prix à payer de la prise de risque. Son match à Bastia vendredi dernier est un exemple parfait de ce type de contre-performance. Avec moins de mouvement ou des appels moins tranchants autour de lui, il peut rater beaucoup de passes et donc être moins influent dans le jeu.
2) Secondement, Il ne sera jamais un métronome du milieu qui contrôle le rythme du match et la bataille du milieu de terrain. Son rôle, c’est d’accélérer le jeu, pas de le gérer.

Un accélérateur, ça joue où?

Avoir un joueur comme Pastore dans l’effectif, c’est vraiment bénéfique, surtout lorsque nous jouerons en Europe face à des équipes moins regroupées et qui nous offriront plus d’espace dans le jeu. Le problème, c’est de savoir ou le positionner sur le terrain. S’il joue trop haut, il n’aura pas assez de solutions offensives pour trouver des espaces. S’il joue trop bas, l’équipe aura du mal à tenir le ballon et se verra souvent coupée en deux avec un milieu de terrain qui n’aura le temps de s’installer ni en phase offensive, ni en phase défensive.

Kombouaré et Carlo se sont casses les dents sur le sujet. Si l’effectif de la saison passée nous imposait plus ou moins de le faire jouer aux avants postes, Notre entraineur Italien a vite compris qu’il devait le faire redescendre d’un cran pour profiter au maximum de son talent. Malgré cela, il a fallu trois repositionnements de Javi  au cour de la saison pour arriver à trouver son meilleur rendement.

1er Essai : En mode Xavi, relayeur offensif dans un 4-3-3.

Au début de saison, Ancelotti pense déjà tenir la solution: Faire jouer Pastore dans un rôle de relayeur avancé dans un milieu à trois, entoure de deux récupérateurs. Dans ses nouvelles responsabilités, il doit tenir un role plus axial avec la possibilité de trouver Menez ou Lavezzi dans la profondeur, ou Ibra en Pivot. Offensivement, cette tentative est plutôt réussie puisqu’il trouve rapidement ses marques et crée de bonnes solutions pour le collectif parisien. En exemple, ce match face a Ajaccio lors de la deuxième journée. Placé derrière Menez, Lavezzi, Nene et aux côtés de Chantome et Matuidi, il provoque des situations dangereuses comme cette ouverture pour Nene que nous avons vu précédemment.

Dans les moins bons, Paris, n’arrive pas à tenir le ballon et souffre dans la possession du ballon, même avant l’expulsion de Lavezzi à la 60e. Bien que le bloc défensif se montre solide, les Corses exploitent les espaces entre la ligne du milieu et de la défense pour monter leurs attaques. Défendre dans un milieu à trois nécessite un bon sens du placement et d’anticipation qu’il ne possède pas ayant joué exclusivement dans un registre offensif depuis le début de sa carrière.

2eme Essai: En mode Platini, 10 à l’ancienne

La conservation du ballon semble être un vrai problème pour Carlo en début de saison, son attaque à trois peine à être incisive. Malgré le fait que le bloc défensif commence à devenir de plus en plus étanche, Paris n’a connu que 52% de possession en moyenne lors des 5 premiers matchs de la saison, trop peu pour une équipe qui doit dicter le jeu pendant 90 minutes à ses adversaires.

Résultat des courses, on passe en 4-3-1-2, avec trois milieux de terrain de métier et Pastore en 10 à l’ancienne derrière deux attaquants. Contre Sochaux lors de la 7eme journée, il est aligné derrière Zlatan et Gameiro avec trois récupérateurs derrière lui : Sissoko, Matuidi et Verratti.

 

 

 

 Encore, une fois il signe cette une prestation offensive de grande qualité, ponctuée d’une ouverture digne d’un vrai 10 : Un ballon de 30 mètres, lobé par-dessus la défense, donné pied gauche et qui arrive sur le pied de Keke, alors en plein course. Un vrai bijou sur une phase de 2 contre 8 qui signe une performance de haut vol avec 97 ballons joues et 79% de passes réussies.

 Malheureusement, il perd aussi 18 ballons lors du même match et peine à se trouver défensivement où il est censé venir presser le premier passeur adverse pour forcer le jeu adverse à passer par les ailes. Ce n’est pas par manque d’engagement que son apport défensif est un échec, mais une nouvelle fois par une absence de compréhension de son rôle dans le schéma défensif alors qu’il tient un poste axial. Au final, il aura beaucoup couru dans le vide lors des quelques matchs qu’il a joués à ce poste.

3eme Essai: En Mode Zidane, meneur excentré

L’équipe au complet manque d’engagement et d’équilibre et Carlo revoit sa copie. On le sait tous, face à Porto, c’est le déclic. Paris passe en 4-4-2 et joue son premier match vraiment important de la saison. Les joueurs laissent enfin un peu de leur âme sur la pelouse, pressent haut et partagent le ballon.

Sauf que l’homme le plus impliqué par ce changement tactique est bien Javier Pastore. Il redescend en effet d’une ligne pour occuper le poste de milieu excentré (à gauche contre Porto, à droite par la suite) dans ce nouveau schéma. Un poste qui sera désormais le sien dans le collectif Parisien.

Situé plus bas sur le terrain, il met sa lecture du jeu au service du collectif, profitant des appels dans la profondeur de Lavezzi, ou Menez, mais aussi des bons dédoublements de VdW ou Jallet. En soi, son apport est extrêmement similaire à celui qu’il peut avoir dans le 4-3-3 du début de la saison. La principale différence que l’on peut observer à son sujet est défensivement.

En effet, aligné sur le côté, ses taches défensives sont plus simples, non pas parce qu’elles demandent moins d’efforts, mais parce qu’elles sont plus faciles à comprendre et à exécuter. Un milieu axial se doit de boucher les espaces et couper les trajectoires de passes en fonction du positionnement des joueurs opposés, une compétence qui ne figure pas sur le CV de notre meneur Argentin préféré. Par contre, en 4-4-2, on lui demande d’aller presser haut sur le latéral adverse, de bloquer les montées de celui-ci et de venir apporter du soutien au latéral lorsqu’il est en situation de 1 contre 1. De plus, le milieu axial qui est proche de lui peut venir compenser ses montées lorsqu’il est trop loin du ballon.

Sur le but de Porto, il se fait bouffer par Danilo, par manque d’expérience, mais le fait qu’il soit la démontre qu’il comprend ou se placer et qu’il est prêt à faire les efforts défensifs jusqu’à son poteau de corner. On le voit même lors de ce match aller presser le latéral a l’autre bout du terrain, preuve de sa capacité à tenir ce rôle défensif sur toute la longueur du terrain, une constante depuis son repositionnement.

Maxwell sait faire un bon Pastore

Dernier changement en date et principalement du à l’arrivée de Lucas, Il passe du côté droit au côté gauche du milieu, comme Zidane en équipe de France. Le grand avantage pour lui de ce nouveau dispositif est de pouvoir profiter de son pied droit pour rentrer dans l’axe, ce qui lui donne de plus nombreuses solutions.

Contre Toulouse, sa muse, Javier a clairement effectue un match de tout premier plan et sa deuxième mi-temps est particulièrement aboutie avec plusieurs incursions axiales qui ont débouchées sur des décalages. Sur les différentes actions ci-dessous, on peut le voir aussi bien donner un ballon par dessus pour Menez, une balle dans la profondeur pour Ibrahimovic, ou écarter sur Lucas a droite, le tout a des positions qui vont de gauche à droite du terrain, et loin du poste de milieu gauche qui est censé être le sien sur la feuille de match. Toutes ces passes ne sont pas parvenues à leur destinataire, mais elles montrent son placement particulièrement libre sur la pelouse, parfois a gauche, dans l’axe, voire parfois même à droite du terrain.

 

 

L’apport de Maxwell est clé à sa réussite côté gauche. Très solide défensivement, mais aussi très technique et capable de conserver des ballons en position offensive, il offre l’assurance à Pastore de pouvoir  dézoner dans l’axe. C’est aussi lui qui vient souvent lui offrir des solutions offensives sur le côté gauche comme sur cette ouverture par-dessus la défense. Encore face à Toulouse, on a pu le voir venir offrir déborder et offrir une solution de plus.

Dans l’ensemble, que ce soit avec Matuidi en debut de saison, Lavezzi ou Pastore par la suite, Maxwell permet systématiquement d’améliorer le rendement du milieu qui joue devant lui par son implication offensive et sa capacité de conservation du ballon.


Contre Valence, sur la grande scène

On a pu voir contre Valence une copie presque parfaite et similaire dans son placement à ce qu’on a pu voir contre Toulouse, mais face à un adversaire d’un tout autre calibre. Sur le premier but de Lavezzi, il vient jouer le une deux à droite du terrain. Sa remise derrière le pied d’appui entre trois défenseurs est somptueuse. Sur son but, il repique bien dans l’axe pour bénéficier de l’excellent travail de Lucas.

 

 

Plus particulièrement, son implication défensive était fantastique bien qu’un peu brouillonne. Il a défendu sur 90 mètres, pressant jusqu’au poteau de corner adverse ou venant tacler une tentative de centre en fin de première mi-temps. A son défaut, des fautes évitables alors que le joueur adverse était enfermé sur son côté et que Maxwell couvrait parfaitement.


Javier dans le futur proche.

Je ne serai pas surpris de le voir conserver ce poste jusqu’à la fin de la saison si les performances de l’équipe continuent sur cette voie. Tant qu’il y a du mouvement autour de lui, c’est dans ce rôle qu’il se montre le plus dangereux. De plus, il est le seul joueur de l’effectif à offrir ce profil de meneur.

Ancelotti à l’air de vouloir effectuer une rotation permanente entre Lavezzi, Lucas, Menez et Pastore : 4 joueurs pour trois postes. Les trois premiers ont un profil plus similaire et nous avons eu la confirmation hier que dans les matchs les plus importants il aurait son nom sur la feuille de match.

Edito proposé par Franky Sharp

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