Pocho, Joueur Passion

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La conversation quotidienne tournant un peu trop autour de l’arbitrage, il est temps de se recentrer sur le ballon et le jeu. Et si dans nos medias populaires on semble s’intéresser avant tout au duel à distance entre Leonardo et Mr. Castro, beaucoup ont aussi immédiatement critiqué l’apport de Lavezzi sur le terrain récemment. Avec trois matchs à jouer dans la saison, il semble approprié de porter un regard sur le joueur ainsi que son apport sur la saison.

Un joueur Excitant

Au premier abord, Lavezzi à tout ce qu’il faut pour plaire au supporter. Avoir dans son effectif un ailier argentin over-tatoué incroyablement rapide et explosif est toujours excitant. En ajoutant sa grinta et le fait qu’il termine ses matchs sur les rotules, le coup de foudre est même garanti. 

Contrairement à ses partenaires tricoteurs et amoureux du beau geste, la principale force de Pocho est dans son jeu sans ballon. Il utilise sa qualité d’accélération et sa vitesse de pointe à très bon escient pour effectuer des appels tranchants. Que ce soit des appels droits ou croisés, dans l’axe ou sur les côtés, son timing est toujours excellent et il fait la différence avec son vis-à-vis sur quelques mètres. 

Exemple parfait, son but contre le Dynamo Kiev où il effectue une course de 50m plein axe avant d’aller piquer son ballon face au gardien (Ci-dessous). De même, sur son but contre Evian, sa course pleine axe sur la remise d’Ibra est magnifique. 

 

Il en va de même contre le Barca, sur cette occasion qu’il va chercher du bout du pied après une superbe course croisée sur un ballon donne par Ibra. 

 

En alliant ces qualités à une vitesse de course balle au pied supérieure à celle sans ballon de bien des défenseurs, notre Pocho est capable de dynamiter une défense adverse par un simple coup de rein. Il est cependant nécessaire pour lui d’être à 100% physiquement pour faire la différence. Avec sa conduite de balle longue, un léger manque d’explosivité lui fait perdre cet avantage sur le terrain. Son carton rouge contre Ajaccio en début de championnat est l’exemple parfait de ses lacunes lorsqu’il est à court de forme. Poussant trop loin son ballon, il n’arrive pas dessus en premier et il paie sa générosité dans l’engagement par la suite. 

Ces caractéristiques sont tellement visibles à l’œil nu qu’aucun supporter ne devrait être surpris de ce qui est dit ici. Ce profil de joueur est très agréable à voir et n’est pas fait de subtilités tactiques. Par contre, il est parfaitement adapté à un 4-3-3 et offre des limites en 4-4-2 avec un milieu à plat, que ce soit au milieu ou en pointe. 

Un joueur discipliné, mais au profil limité 

Lavezzi a été recruté pour jouer ailier dans une attaque à 3 que Carlo avait en tête en début de saison et force est de constater que son profil correspond exactement aux attentes que l’on peut avoir d’un joueur à ce poste : Rapide et puissant, il donne de la profondeur au jeu par ses courses et étire la distance entre la ligne de défense et celle du milieu du bloc adverse, laissant du champ à l’avant centre pour décrocher ou aux milieux de venir trouver de l’espace entre ces deux lignes. 

L’excellent analyste Michael Cox du site Zonal Marking nous rappelle d’ailleurs dans un de ces articles récents qu’il était préféré à Aguero lors de la Copa America 2011 pour occuper le flanc droit d’un 4-3-3 mis en place pour imiter le système de jeu du FC Barcelone – Gloire a Messi. Avant de venir rejoindre nos rangs, il occupait aussi l’aile gauche du Napoli qui avait tant fait souffrir Chelsea en Champions League et si bien figuré en Série A dans un 3-4-3 inédit. 

 

Si le 4-4-2 qu’Ancelotti utilise depuis la fin 2012 à tendance à se muer en 4-3-3 en formation offensive, les couloirs sont surtout utilisés par des combinaisons entre les milieux et les latéraux afin de créer des décalages, mais très peu pour prendre de la profondeur du jeu et faire descendre la ligne de défense adverse. Utilisé sur un côté dans un 4-4-2, Lavezzi est capable d’accélérer et de créer des écarts même s’il doit partir de plus loin et fait souvent face à deux lignes de défenses. Ca fait parti du bricolage qui était nécessaire en changeant de système de jeu. 

En seconde pointe par contre, il peut moins aller manger la ligne de touche et est souvent obligé de venir chercher le ballon dos au but et de se retourner ensuite, ce qui n’est pas à l’avantage de son style de jeu. Contre Troyes, où il a été utilise en pointe aux côtés de Gameiro, on peut voir un très faible volume de jeu avec 39 passes et 3 accélérations seulement, toutes alors qu’il était orienté dans sa zone de confort, sur la gauche. 

 

Depuis la blessure de Lucas et le passage de Menez en second attaquant, on aurait pu retrouver un Lavezzi plus conquérant, mais il semble émoussé et est moins influent dans le jeu. Contre Valenciennes ce week-end, il lui a manqué le coup de rein nécessaire pour déborder son adversaire balle au pied. Il n’a réussi qu’un seul des 6 duels offensifs qu’il a tenté. Son influence dans le jeu a donc diminué, mais il ne faut pas oublier que sa hargne a provoqué un penalty contre Nice il y a deux semaines et qu’il a mis un corner sur la tête d’Alex pour le but de l’égalisation ce week-end. 

Cela fait un bout de temps par contre qu’on ne l’a pas vu marquer. La dernière fois, c’était le 6 Mars contre Valence, il y a plus de 2 mois. Il faut dire que Pocho n’est pas un as dans la finition, une chose à laquelle il va falloir s’habituer. 

Pourquoi avoir un corps de rêve si c’est pour ne pas conclure ? 

Depuis 2005-2006 et ses débuts à San Lorenzo, Lavezzi n’a jamais marqué plus de 10 buts en championnat dans une saison avec son club. Il n’en est également qu’à 2 buts en 22 sélections avec l’équipe nationale d’Argentine. Agé de 28 ans, il est difficile d’imaginer cet aspect de son jeu évoluer dans le futur. 

 

En le comparant avec certains attaquants/milieux offensifs de renom européen, mais aussi quelques attaquants de ligue 1, on peut s’apercevoir que Lavezzi n’a déclenché que 26 tirs en championnat et converti 11.5% de ceux-ci. Ce sont des chiffres très bas par rapport aux standards d’autres joueurs, aussi bien en termes de quantité que d’efficacité. Il est vrai que ce n’est pas son jeu de tirer souvent au but, mais on peut penser qu’avec un meilleur taux d’efficacité cette année, il pourrait en être bien au delà de son compteur actuel en championnat. On peut revoir trois ratés contre Lorient, Reims et Evian cette année et se dire qu’en finissant au fond on aurait déjà 5 points de plus et que le titre serait acquis depuis 2 journées déjà. Contre Valence en LDC, il aurait pu également tuer le match lors du match aller lorsque l’on menait 2-0. 

Taillé pour l’Europe 

Cette activité contre Valence témoignent de la réussite de Lavezzi cette saison, à savoir d’avoir effectué ses meilleures performances en Ligue des champions. Auteur de 5 buts en 9 matchs de LDC, son réalisme est nettement supérieur à ce qu’il a pu afficher en ligue 1. Avec un taux de conversion de 29%, il est même particulièrement réaliste face au but. 

Il faut dire que son style de jeu convient nettement plus à ce type de compétition. En affrontant des équipes moins regroupées et qui sont habituées à tenir le ballon dans leurs championnats respectifs, il y à plus d’espaces entres les lignes adverses et derrière la défense, la spécialité de Pocho. Dans les phases de groupes ou contre Valence, il a eu beaucoup d’opportunités de face à face qu’il a su se créer par des courses assassines et dans le bon tempo. 


Dans l’ensemble, Lavezzi est, par sa puissance, son explosivité et son intelligence de jeu naturellement installé dans la rotation de l’effectif devant Menez ou Gameiro. Cela fait environ 15 ans que l’on n’a pas eu un pur ailier dans ce registre capable de jouer a un tel niveau (Fabrice qui ?) et d’être un casse tête permanent pour une défense. Par contre, il faut accepter que Pocho est un joueur de soutient et qu’il ne sera jamais sans doute l’option numéro 1 offensive de notre équipe, voire même un point central de la construction du jeu. Profitons de sa hargne tant qu’il nous l’offre car c’est un joueur dont on ne peut qu’être amoureux tant il est beau et généreux sur le terrain.

Par Franky Sharp

 

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