Thiago Motta: Le Daron

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Profitons de la trêve internationale pour faire le point sur Thiago Motta. Il a manqué à beaucoup de supporters l’an passé. Et pour cause, nous n’avons perdu qu’un seul match de championnat avec lui sur le terrain depuis son arrivée à l’hiver 2012. Revenu de blessure après l’Euro 2012, il n’avait jamais réussi à se remettre physiquement et rentrer dans le rythme d’une saison. En enchaînant les matchs depuis la reprise, il s’affirme comme le patron du milieu de cette équipe et son moteur.

Un gros volume de jeu

La première qualité de Motta, c’est son volume de jeu. Non pas par son physique comme peut le faire un Matuidi, mais par sa capacité à se rendre toujours disponible et chercher immédiatement une solution de passe pour déstabiliser le bloc adverse. On lui demande dans son rôle de regista de venir chercher le ballon très bas et orienter le jeu parisien. En tant que première rampe de lancement sujette à moins de pressing grâce a sa position basse, Motta enchaîne les passes depuis le début de la saison.

En ne prenant en compte que les matchs titulaires de milieux suivants en Championnat et Ligue des Champions cette saison- excluant le match de Marseille. On peut même constater qu’il a le plus grand nombre de passes par match de tous les milieux d’Europe.

Ce qu’il faut ajouter c’est qu’il joue come un demi centre au handball ou comme un demi de mêlée au rugby (a quand le PSG Rugby ?). Il analyse le bloc défensif adverse en relation au placement de ses partenaires, cherche le surnombre et les espaces pour orienter le jeu dans cette direction.

Marco fait pencher Thiago à droite

Ce jeu, il l’oriente un peu plus souvent vers la droite que vers la gauche. Une tendance qui est due au positionnement de Marco Verratti dans le milieu en triangle parisien. Plus avancé que Matuidi et avec une meilleur capacité à aller chercher des décalages, Verratti reste l’option #1 de passe recherchée par Motta. La complicité entre les deux joueurs se fait ressentir sur le terrain et c’est d’ailleurs la combinaison de passes la plus utilisée par les parisiens cette saison.

En exemple, le match contre Benfica ou Motta a échangé 72 passes avec notre petit chouchou italien, soit 30 de plus qu’avec Matuidi, son autre option de relance immédiate. Il va donc se déplacer légèrement plus vers la droite pour aller chercher Verratti.

Ce dernier étant plus présent offensivement, Motta va aussi venir le couvrir et se retrouver du coup un peu plus a droite dans son positionnement défensif également. On peut aussi attribuer ça au fait que Matuidi couvre une zone monstrueuse qui permet à Motta de moins venir compenser à gauche.

Technique hors norme

C’est sa technique de tout premier plan qui permet à Thiago Motta de jouer aussi rapidement et de manière aussi fluide. Pour les plus jeunes lecteurs de cette rubrique, il faut bien comprendre la différence entre la technique et le dribble. Dribbler, c’est la capacité à déstabiliser les appuis de son adversaire pour pouvoir le passer. La technique, c’est réaliser des gestes avec la plus grande des précisions. C’est pourquoi on peut parler de technique de tir ou de technique de passe. C’est cette dernière associée à sa qualité de conservation de balle qui le rendent si dangereux.

Tout d’abord, le positionnement de son corps devrait être un model dans toutes les écoles de football, en France et dans le monde. Il s’oriente immédiatement dans le sens du jeu et fait toujours face au bloc adverse. De plus, il déplace son corps par rapport au ballon pour toujours être en équilibre lorsqu’il veut faire la passe qu’il a choisie. En se déplaçant de la sorte, il minimise ses touches de balle, maximise la précision de son toucher de balle et accélère ses transmissions.

En exemple, sa passe décisive sur le but de Menez face à Lyon l’an dernier pour gagner le titre. Sur une transmission du Zlat’, il voit tout de suite l’appel de Menez sur la gauche. Au lieu de s’amener le ballon avec le pied droit comme l’aurait fait beaucoup de joueurs, il décale complètement son corps au dessus du ballon pour pouvoir offrir un caviar dans le bon angle et dans le bon tempo a Menez qui n’a « plus qu’à » finir.

Cette technique associée a son sang froid font que même sous pression, il se ne débarrasse jamais du ballon et optimise toujours la relance parisienne. Un atout essentiel dans un collectif que Laurent Blanc veut voir dominer la possession du ballon.

Nouveauté : Les coups de pieds arrêtés

Le nouveau staff semble avoir décide d’arrêter de donner tous les coups francs dans la moitie de terrain adverse pour que le Zlat se fasse plaisir a essayer de marquer des buts d’anthologie. Si Mandanda pense encore au SKUD qu’il a pris au Vélodrome l’an dernier , c’est une stratégie plus efficace d’aller chercher la tête de ses coéquipiers, surtout vu les gabarits et les détentes de nombreux de ses partenaires offensifs et défensifs. Avec son toucher, ce n’est pas une surprise qu’il délivre beaucoup de très bons ballons dans la boite, sur coup franc ou sur corner et qui nous rend redoutable sur ces phases de jeu cette année.

Motta Cavani, attention la tête 

Un match référence contre Benfica

Pour revenir à sa prestation contre Benfica, on peut tout simplement qualifier ce match d’une référence européenne cette saison. Les statistiques sont tout simplement hallucinantes, avec 141 passes réussies et une couverture de distribution presque totale, il a éclaboussé le match de sa classe.

Le talent d’un ange, l’âme d’un démon.

Le dernier point qu’on ne doit pas oublier de mentionner concernant Thiago, c’est que si c’est un joueur offensivement « raffiné » (comme pourrait le dire Mino Raiola), c’est une sacré teigne de part sa personnalité. Maître de la faute tactique, on sent qu’il a clairement pris du football italien l’envie de prendre l’ascendant psychologique sur ses adversaires. Et puis, il a pris suffisamment de rouges dans sa carrière pour que ses adversaires comprennent qu’il est prêt à essuyer ses crampons sur une cheville si on manque de respect à sa personne ou à celle de ses coéquipiers. C’est un peu comme si les voyous de la cour de récré amenait des sandwichs saumons caviar pour le goûter.

A ce stade de sa carrière, Thiago Motta est un joueur accompli et n’a plus beaucoup de points de progression. C’est un professionnel exemplaire et un joueur extrêmement complet qui ressemble au final énormément à Paul Scholes dans sa capacité a comprendre le jeu, en dicter le rythme et orienter son équipe par sa science de la passe. On a vu qu’il possédait une frappe de balle très puissante comme l’ancien international anglais, reste a espérer le voir planter quelques pions de loin avec nous.

Franky Sharp

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