Lucas, passer la marche

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Apres une année complète a Paris, il est temps pour Lucas de franchir un pallier. Il a tout pour y parvenir.

Avec la blessure de Cavani et quelques belles performances en Championnat et en coupe, Lucas refait parler de lui. Les spécialistes ont des avis tranchés et des opinions définitives sur un joueur qui peut émerveiller et décevoir tout autant en l’espace de quelques secondes. Alors, comme souvent, ils jouent à Madame Irma et sortent leur boule de cristal pour nous prédire l’avenir de notre jeune Brésilien. Un exercice dangereux et futile bien que divertissant et générateur d’audimat. On se contentera de ranger les nôtres et de faire le point sur où il en est aujourd’hui un an après son arrivée chez nous.

Des chevilles souples, des appuis marqués, un joueur unique 
Pour commencer, parlons des qualités naturelles du garçon car à moins d’être aveugle, il faut bien admettre qu’athlétiquement, il a quelque chose d’unique. Ses appuis sont marqués, souples et il est capable d’effectuer des changements de direction à pleine vitesse ou d’accélérer sur des distances très courtes. Cela fait de lui un redoutable joueur de 1 contre 1 et un sacré détonateur balle au pied pour le collectif. Il a aussi une bonne qualité de passe et de centres sans oublier qu’il est rigoureux et impliqué dans son replacement défensif.
Cela dit, si tout le monde est plutôt d’accord pour dire qu’il est vraiment explosif, voir même plutôt concerné par le travail du bloc défensif, le plus gros débat se situe sur l’efficacité de Lucas et pour savoir si un joueur est efficace, rien de mieux que de le comparer à d’autres joueurs au profil similaire et qui ont un rôle offensif significatif sans pour autant être avant centre.
Des stats plus que correctes 
Eden Hazard, Navas, Pedro, Gotze, Reus, Walcott font preuve de grands noms européens que l’on a utilisé pour la comparaison. Liste à laquelle nous avons ajouté quelques bons joueurs des grands championnats, comme Julian Draxler, Willian, James Rodriguez, ou même, grande surprise, Romain Hamouma.
Ce qui ressort de cette analyse, c’est que Lucas fait plutôt parti de la tranche haute de cette liste :
– Il est directement impliqué dans un but tous les deux matchs, ce qui est énorme pour un joueur qui n’est pas titulaire.
– Il crée une occasion dangereuse toutes les 29mins de jeu, ce qui le place a la même hauteur que Marco Reus ou Jesus Navas, mais devant Hazard, Gotze ou Pedro (L’analyse a été faite avant le hat-trick de Hazard contre Newcastle ce week-end)
Alors pourquoi avec des statistiques aussi intéressantes Lucas donne envie aux supporters de s’arracher les cheveux et à Laurent Blanc d’avaler sa touillette ?

Mais pourquoi tant de frustrations ? 
En fait, il y a 3 raisons principales pour lesquelles Lucas est si frustrant.
1. D’abord, ses statistiques sont gonflées par ses coups de pieds arrêtés et ne reflètent pas nécessairement son impact dans le jeu. Du coup, bien qu’il soit assez décisif, on n’en ressent pas cette impression d’un joueur dominant.
2. Ensuite, Nasser a eu le malheur de le présenter comme un « futur Messi », ce qu’on appelle dans la cour de récré du camp des loges le « Syndrome d’Everton » qui s’était comparé de manière légèrement ambitieuse à Robinho. Bien que Nasser fasse référence à la stratégie de recrutement ambitieuse portée sur les grands espoirs mondiaux, beaucoup de gens ont encore le tort d’utiliser les deux ballons d’or comme point de comparaison. C’est tout simplement injuste pour lui et il faut le laisser devenir ce qu’il deviendra.
3. La dernière, mais surement la plus importante des raisons pour lesquelles ce joueur nous frustre c’est tout simplement son manque de lucidité et sa prise de décision par moment aberrante. Lucas sait faire la différence individuellement mais pas comment l’exploiter ensuite pour le collectif.
Exemple particulièrement révélateur de ce défaut contre Bordeaux la semaine dernière en championnat : A la 20eme minute de jeu, après avoir effacé 5 joueurs bordelais sur 50m à base de coups de reins et de crochets dévastateurs, il peut servir Cavani, seul sur sa gauche de deux façons mais décide au lieu de cela d’aller défier les deux derniers défenseurs bordelais restants. Résultat final, la ligne de passe pour Cavani se ferme et il perd ses appuis (donc le ballon) sur un énième crochet.
Travailler plus pour gâcher moins 
L’avantage du PSG post-acquisition c’est qu’il est désormais peuplé de joueurs qui travaillent dur avant, pendant et après l’entrainement et qui comprennent que la seule façon de s’améliorer c’est de continuer à travailler dur. Non seulement il est encadre par des brésiliens qui partagent ces valeurs, mais il semble être de lui-même sain d’esprit et avoir une mentalité qui le pousse à vouloir constamment devenir meilleur. Et vu que le travail ça paie, on peut s’imaginer qu’il va s’améliorer dans beaucoup de secteurs : Les contrôles, le jeu dos au but, mais surtout ses choix de jeu.
Par contre, gare à l’impatience du supporter. Il ne va pas apprendre à faire les bons choix d’une semaine à l’autre, c’est le temps de jeu et le terrain qui lui permettront de grandir. C’est une adaptation qui sera plus difficile et plus longue pour lui que Rai notamment. Il faut aussi accepter que par ses qualités naturelles, Lucas n’ai pas toujours la même conception des choix que les autres puisque son explosivité lui permet de créer des différences inaccessibles à la majorité des joueurs dans le monde. Il faut lui laisser le temps de mûrir tactiquement et cela peut prendre quelques années. Avec moins de déchet et plus d’efficacité dans son jeu, on peut facilement imaginer que l’avenir lui appartient.
Dossier réalisé par notre rédacteur  Franky Sharp 

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