Un 8 Avril à Stamford Bridge

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Retour sur le quart de finale retour entre le PSG et Chelsea. Un match qui marquera l’esprit des supporters pendant longtemps.

La défaite contre Chelsea a laissé beaucoup de séquelles dans les têtes des joueurs mais aussi dans les coeurs des supporters. Les plaies sont encore ouvertes, et on reparlera probablement de ce match pendant longtemps, au moins dans les détails jusqu’à la fin d’une saison qui officieusement touchée à sa fin le 8 Avril à Londres. 

Avec une avance confortable en Ligue 1, et sans respecter suffisamment l’Olympique Lyonnais pour en avoir peur, le dernier objectif des parisiens de la saison est d’aller le plus loin possible en Ligue des Champions et après un match aller convaincant, on arrive même à penser qu’aller au bout de cette compétition est un rêve pas si inaccessible.

2 buts foireux plus tard, l’effet de la gravité se fait terriblement ressentir et c’est une vraie désillusion qui s’est offerte à nous. Alors, certes, la saison est réussie au niveau des trophées et du bilan statistique du club, mais cette défaite en quart de finale de Ligue des Champions lui laissera beaucoup d’amertume et un gros gout d’inachevé. Autant, l’élimination l’an dernier face à l’ogre Barcelonais était héroïque, autant, celle-ci était une défaite décevante face à une équipe d’un niveau similaire.

Quelques conclusions peuvent être tirées de ce match. Revenons sur ce qui s’est passé, aussi pénible que ce soit.

 

Laurent Blanc a encore beaucoup à prouver, mais… 

Faire le bilan de la saison de Laurent Blanc a la sortie de ce match n’est pas la bonne chose à faire car il serait nettement pondéré par la déception de la défaite. De plus, avec deux contres favorables en moins et quelques minutes près la conversation serait particulièrement différente et Laurent Blanc aurait été le premier à avoir terrassé le Mou en quart de finale de Ligue des Champions. Et puis, on nous avait promis l’enfer de Stamford Bridge et il faut bien dire que l’équipe était au rendez-vous et prête pour ce match.

Cependant, le match lui a échappé et sa lecture des batailles tactiques était fausse. La première d’entre elles étant la bataille du milieu de terrain. Une bataille qui était critique pour ce match. Les parisiens se devaient de mettre le pied sur le ballon pour empêcher Chelsea de mettre des ballons dangereux dans la boîte, ce qu’ils ont fait à répétition en fin de match. Au final, les buts concédés sont anodins, mais très similaires : Un deuxième ballon récupéré par Chelsea et qui parait inoffensif au premier abord mais dont la répétition fini par créer des situations dangereuses.

 

Si nous avions su mieux conserver le ballon, nous aurions moins reculé et moins été exposé à ce genre de risques. J’ai beaucoup gueulé sur les joueurs via ma télé, notamment lors de la seconde période pour des successions de choix dégueulasses comme cette passe de Cabaye pour Jallet par-dessus la défense alors que la solution de conservation était au milieu. La répétition de ces choix par des joueurs différents me fait penser que Laurent a demandé une approche plus directe à ses joueurs en seconde période pour marquer le but du chaos.

Toujours est-il que même si cette consigne n’a pas été donnée, et que l’entrée de Pastore à la 75eme minute arrive bien trop tard. Le taux de passes réussies de Paris est passé de 88% en première mi temps à 78% en seconde et si les parisiens étaient encore présents dans le jeu en première mi-temps, ils ont été complètement absents en seconde période, particulièrement dans les 15 premières minutes.

 

Alors comme le dit si bien Thiago Motta : « Techniquement, surtout, on était.plus fort qu’eux. On peut perdre dans le foot, ça c’est normal. Mais comme ça, non ! » Et le problème est bien la, au delà de la défaite, c’est la manière qui gêne, et l’incapacité de cette équipe à jouer au maximum de ses forces au moment le plus important de la saison.

La composition choisie par Laurent Blanc n’était pas celle d’une équipe venue pour dominer l’entrejeu, mais celle d’une équipe qui pense plier la confrontation d’un but à l’extérieur qui aurait plié la rencontre une fois pour toutes. Du coup, les remontées de balle allaient très vite devant mais l’équipe a manqué cruellement de lien entre les lignes et le bloc était scindé en deux, voire trois morceaux, empêchant Paris de s’installer dans le camp adverse.

Les deux joueurs en charge de prendre la profondeur, à savoir Lucas et Lavezzi n’ont jamais reçu de ballons dans le dos de la défense bien que pour une fois cette saison nous faisions face à un bloc qui jouait haut. Le peu de fois où les parisiens ont pris la profondeur, ils ont forcé un centre ou un tir mais n’ont que rarement saisi l’occasion de faire monter tout le bloc équipe pour profiter d’une domination territoriale pendant le match.
Alors il faut tout de même créditer Chelsea d’un pressing particulièrement intense et d’une grande discipline défensive, mais le manque de rigueur dans les choix et la construction faite par les parisiens a amplifié le manque de maîtrise de ce match. En contrepartie, les parisiens étaient aussi disciplinés défensivement et n’ont pas subi beaucoup d’occasions dans le jeu. De plus, ils sont venus des la première minute avec la bonne intensité physique et psychologique, ce qui démontre aussi que le match a été approche de la bonne manière et pas avec le dilettantisme dont les parisiens ont parfois été accusés.
En gros, c’est acceptable de faire des erreurs, mais il faut être capable de les corriger quand on s’en aperçoit. Laurent Blanc doit savoir changer plus vite de dispositif s’il s’aperçoit que ça ne fonctionne pas. Il faut espérer que ça vienne avec le temps, car tout le reste semble fonctionner.
L’équipe doit franchir un cap psychologique 
A part ne pas tenir le ballon, la seconde période, et particulièrement les 10 dernières minutes se sont avérées être très pénibles. La cause à un mental défaillant et une peur de perdre évidente. Les Parisiens n’ont pas joué la seconde période pour gagner, ils l’ont joué pour ne pas perdre 2-0, et en reculant trop tôt, ils ont fini par en payer le prix. Sur le but, Cahill n’est pas inquiété et peut facilement balancer un ballon dans la surface parisienne dans laquelle se trouvent déjà 6 parisiens.
Sur le but de Demba Ba, c’est le 4ème long ballon successif repoussé dans le jeu par la défense parisienne dans les 30 dernières secondes. Beaucoup trop avec au moins 7 minutes restantes dans le match. En reculant trop tôt, nous leur avons donné le ballon pour nous faire battre. Une nouvelle fois, Motta a choisi les bons mots : « On a trop respecté Chelsea. On doit toujours avoir du respect pour une équipe comme Chelsea. Mais pas trop. »
Cette réaction a été la même que contre Valence l’an dernier en 1/8eme de finale où les parisiens avaient reculé les dix dernières minutes du match face à un adversaire faible mais qui avait quand même su être dangereux. Ce fut le cas, aussi, pour clôturer le championnat la saison dernière lorsque l’équipe était devenue nerveuse et peinait à déployer son meilleur football.
L’équipe doit être convaincue qu’elle va remporter ses matchs et qu’elle est plus forte que son adversaire direct du jour et qu’elle peut lui imposer son jeu à tout moment. Alors, bien sur, ça viendra avec l’expérience, mais pas seulement. C’est un changement de mentalité et d’approche des grands rendez-vous qu’il faut changer.
Les attentes autour de cette équipe sont telles qu’il est établi comme normal qu’elle gagne des titres alors souvent, elle joue pour ne pas perdre et recule trop quand elle a l’avantage au score (cf. CDL face à Lyon).

La vie est dure sans Ibra 
Bon, ici, c’est une évidence, mais Ibra décroche tellement et contribue tant à la construction du jeu, que son absence nous a été couteuse. Les media français sont pleins de contradictions. Il est possible à leurs yeux d’être le meilleur joueur du monde et d’aider le collectif par son absence. Une bêtise grave. D’ailleurs, au match aller, quand Paris tenait le ballon (56%), Ibra avait tout de même déjà fait 37 passes et orienté le jeu parisien avant de sortir, passant plus d’un tiers de son temps à aider dans la construction.
Leo va nous manquer 
On pourra toujours dire qu’il suffit d’avoir de l’argent pour acheter des grands joueurs, mais le travail qu’a fait Leonardo pour construire cette équipe est remarquable. Non seulement elle comprend beaucoup de joueurs qui sont des phénomènes à leur poste mais elle offre au coach une multitude d’options et de choix de dispositifs différents.
C’est un effectif malléable avec une belle profondeur de banc et un mélange d’expérience et de jeunesse qui est aujourd’hui  dans ce qui se fait de mieux en Europe. Alors, certes, il peut et doit encore être amélioré, des joueurs doivent sans cesse venir rafraîchir l’effectif et l’améliorer d’année en année, mais il faut souligner l’intelligence avec laquelle cette équipe a été construite.
Prendre du recul en tant que supporter
Et puis enfin, il ne faut pas oublier que la saison du Paris-Saint-Germain reste (si le championnat est remporté) la meilleure de son histoire avec deux trophées, un quart de finale de ligue des champions et un parcours record en championnat. La gestion des hommes, l’approche de l’effectif et la domination de l’équipe à l’échelle nationale témoigne d’un professionnalisme et d’une implication totale. Il faut continuer de s’améliorer pour devenir un cador européen, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain.
Et pour tous les amoureux du PSG qui reprochent au club de ne plus leur procurer les mêmes émotions, de moins vibrer, je me permets de leur rappeler que c’est lorsque nous partageons ensemble de grandes tristesses que les succès futurs n’en sont que plus beaux.
Dans les mots de Corneille :
« Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire : 
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Article écrit par Franky Sharp

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