Interview de Blaise Matuidi pour son titre de joueur français de l’année

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Le magazine France Football a procédé à l’élection cette semaine du meilleur joueur français de l’année 2015 et c’est Blaise Matuidi qui remporte le trophée. Il a été élu par un jury composé d’anciens lauréats de cette distinction. Morceaux choisis de son interview lors de la remise de son trophée :

Vous fréquentiez les tribunes du Parc?
« Plus jeune,oui. C’était l’époque de Jay-Jay Okocha. J’allais régulièrement au Parc et j’ai souvenir d’un PSG-Auxerre avec Djibril Cissé en face. J’ai toujours suivi de près, et même de loin d’ailleurs, le PSG. Signer ici, c’était un vrai bonheur. Mon attachement au club remonte à loin. »

C’était spécial de jouer contre Paris quand vous étiez à Troyes ou à Saint-Étienne?
« C’était toujours un match particulier.Je demandais énormément de places pour faire venir toute la famille et mes amis. Mais jouer au Parc avec le maillot de l’équipe d’en face ou celui de Paris, c’est très différent. »

Vous êtes le plus ancien de l’effectif et vous avez vu arriver tous les autres joueurs…
« Avec Nicolas (Douchez), Salvatore (Sirigu) et Javier (Pastore), on était les premiers arrivés et on est toujours là. Si vous leur posez la question, je pense qu’ils vous diront la même chose: ils ne s’attendaient pas à ce que le club devienne aussi grand. C’était il y a seulement quatre ans! Cela montre le travail exceptionnel accompli à tous les niveaux. Mais ça veut dire aussi qu’il ne fallait pas traîner car le projet est allé si vite. »

C’est à partir de là que vous avez pris conscience d’être dans un club qui prenait une autre dimension?
« Il y avait eu déjà le recrutement de l’été, ensuite ces arrivées de janvier, et je sentais effectivement une vraie ambition, une dimension qu’on ne connaissait pas en France. Mais le grand boom, ç’a été l’été suivant avec Ibrahimovic et Thiago Silva. (…) Avec eux, on touchait des joueurs de grande classe mondiale. (…) C’était une motivation pour moi de montrer à ces recrues que les joueurs en place avaient de la qualité. »

Vos coéquipiers sont arrivés avec un statut alors que vous avez dû le conquérir.Vous avez dû travailler deux fois plus que les autres?
« Il aura fallu que j’arrive dans mon club de cœur pour atteindre ce statut-là. J’en suis d’autant plus fier. Mais, si j’ai grandi, si j’ai franchi beaucoup de paliers, c’est parce que mes coéquipiers m’ont aidé à bosser plus et mieux! Sur le terrain, lors des entraînements, mais aussi en dehors surtout ce qui entoure l’entraînement proprement dit. Il fut un temps où je me blessais souvent, ce n’est plus le cas. J’ai appris à prendre soin de mon corps, j’ai regardé ce que faisaient mes coéquipiers car ces joueurs sont des exemples en matière de préparation, en matière d’alimentation, etc. Ce n’est pas pour rien si Max (Maxwell) a une trentaine de titres et toujours ce niveau de performance. J’ai beaucoup appris auprès de lui. Les gens ne retiennent que le terrain, mais il y a toute cette partie invisible et essentielle. »

Que ce soit avec Kombouaré, Ancelotti ou Blanc, vous avez été titulaire. N’avez-vous jamais craint de perdre votre place?
« Je connaissais l’ambition du club, il fallait que je suive le train parce que je savais qu’il n’allait pas m’attendre. Et, comme il allait vraiment très, très vite, j’ai bossé, bossé, à l’entraînement et chaque week-end. Parce que l’entraînement, c’est bien beau, mais le verdict, c’est le match qui le donne. Il y a eu des moments plus difficiles mais, dans l’ensemble, je suis content d’avoir progressé dans mon jeu, fier aussi d’avoir apporté ce que je pouvais. »

Cette concurrence vous a boosté?
« Ça m’a aidé. Encore une fois, je ne vais pas mentir: ça n’a pas été facile, ça ne l’est jamais. On peut se poser des questions mais, quand tu es sur le rectangle, c’est là que ça se joue. »

Vous êtes un joueur avec une grosse activité physique. Comment gérez-vous ces efforts?
« Je dois être à une soixantaine de matches par saison depuis trois ans. C’est beaucoup, mais la gestion de Laurent Blanc est parfaite. Il réussit à faire souffler, à concerner tout le monde. Moi, plus je joue, mieux je me sens. J’ai besoin d’enchaîner. Je suis peut-être fou, mais le coach est là pour cadrer les choses. »

Êtes-vous conscient que votre statut n’est plus du tout le même aujourd’hui?
« Bien sûr. Je vois qu’il a évolué. Je vois le respect des entraîneurs, de mes coéquipiers, que ce soit en club ou en sélection. C’est une grande fierté parce que cela montre que ce que je fais ne passe pas inaperçu, que mon travail est reconnu. Aujourd’hui, mes coéquipiers me demandent de prendre la parole dans le vestiaire. Même si ce n’est pas ma qualité première, même si je préfère m’exprimer sur le terrain, ça me touche et je ne me cache pas. Ça prouve que j’ai gagné leur respect comme footballeur, mais aussi entant qu’homme. C’est une vraie fierté, car au-delà de l’affection il y a la reconnaissance. »

C’est plus fort que si vous vous étiez révélé dans un autre grand club?
« Ah oui! Mais il fallait les titres. Aujourd’hui, il y en a beaucoup, mais il faut les autres. Demandez aux joueurs de Barcelone, du Real, du Bayern, tous ont un grand respect pour le Paris-SG. Ces trois clubs-là sont des institutions un cran au-dessus mais aujourd’hui, on n’est pas loin. Et tout cela s’est construit en très peu d’années. On est proches du sommet, même s’il y a encore beaucoup de travail. Il reste ce rêve à réaliser. »

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