Barca-PSG : Immersion en enfer

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Venir à Barcelone pour un match retour de Ligue des Champions, avec 4 buts d’avance… L’énoncé est excitant, motivant, on a le droit de commencer à y croire. Imaginez une seconde, qu’avant le match, un Barcelonais vous dise qu’ils vont gagner 6-1 et nous sortir ? Notre rire narquois aurait sans doute pris le dessus directement. Et pourtant…

Arrivée plus tôt en terre Catalane, pintes et tapas à défaut d’aimer la sangria, retrouver les amis, en profiter pour se détendre. Il fait plutot bon, nous sommes plutot confiant, on profite tranquillement.

Petit détour vers la place Las Ramblas, retrouver Bruno Salomon qui fait un micro trottoir avant la conférence de presse. Tout le monde est détendu, on est déjà au taquet pour le match du lendemain. Un peu plus de retenu pour certains superstitieux comme moi, mais l’on voit bien que c’est la seule chose qui nous retient d’y croire vraiment.. la superstition. Un supporter Parisien nous y rejoint accompagné de son ami Barcelonais. Ce dernier ne fait pas le fier. La crainte du mauvais présage me rattrape encore une fois, culpabilité d’y croire avant que cela ne soit joué, je vais oser la blague de proposer qu’on filme le Barcelonais à part en train de rire généreusement en nous montrant du doigt.. qui aurait cru à cet instant que cette séquence aurait réellement pu servir. Cet humour noir n’aura pas conjuré le sort.

Soirée entre amis, tout va bien. Rendez vous demain en mode match. Allez Paris !

Test de Patience

Jour de match, le réveil pique un peu, dernier moment détente pour un repas tous ensemble et c’est parti. Direction le Camp Nou pour être au rendez vous donné. Les places doivent être prises entre 17 et 18h, au guichet ouvert exprès pour nous. « Ultras del PSG » voici l’intitulé que l’on nous donnera pour avoir accès au stade et dans l’organisation demandée.

15H30 : Au lieu de rendez vous. Personne hormis la police espagnole qui est bien prête à nous escorter jusqu’au stade. Petit souci de retard et d’organisation, on va réussir à ressortir de la dedans pour aller se boire une dernière pinte, attendre devant un verre a toujours meilleure saveur qu’assis sur un parking. Retour prévu pour 17H, on attend que tout le monde arrive. La marche sera assez calme, nous ne sommes pas très nombreux, et le stade est à 100 mètres à tout casser. Quelques chants seront lancés dans une ambiance très bon enfant.

18H : Il est temps d’échanger notre contremarque et prendre notre billet, de passer la fouille et d’accéder à notre tribune. Nous devrons y rester sagement jusqu’à 20H45. Rendez vous souvent en coursive pour boire un coup (bouteille non autorisée en tribune), manger un peu, fumer sa clope ou aller aux toilettes…

5 heures d’attente, un vrai test psychologique quand vous attendez un coup d’envoi aussi impatiemment. Un proverbe chinois dit «Un moment de patience peut préserver de grands malheurs», j’aimerais bien lui montrer le match !

Historiquement cauchemardesque 

Les joueurs entrent sur la pelouse, c’est l’heure de l’échauffement. Nous comprenons à quel point le plexiglas qui est dressé devant le parcage Parisien insonorise très bien. Nous n’entendons pas le speaker, nous entendons à peine la musique, comme un murmure… Nous voyons les supporters Barcelonais s’agiter un peu sans vraiment pouvoir les entendre.

Nous, Parisiens, verrons ce match dans une « bulle auditive » où seul le scénario restera dans nos mémoires.

20H45 : C’est l’heure ! Le coup d’envoi nous emmène dans une surexcitation, les chants parisiens ne s’entendront que dans le parcage vu l’insonorisation mise en place pour étouffer notre présence. Mais on est là, pour Paris, pour la victoire peut être pas, mais pour espérer la qualification…

4′ But du Barca ! Mais on s’en fout faut qu’ils nous en mettent 5. On s’ambiance et on laisse les barcelonais se tripoter sur le but pendant qu’on continue de chanter pour nos joueurs, qu’ils se remettent dans le match aussi vite que nous, c’est tout ce que je demande.

11′ En haut de ce stade, j’ai beau être plus près des avions qui survolent l’Espagne que du terrain, moi je vois la main !! Et en tant que toute mauvaise foi de supporter qui se respecte, j’en démordrais pas, c’est comme ça.

On oublie allez, toujours 4 buts qui éloignent le Barca de la qualification… Concentrons nous sur ça (même si je maudis un peu Mascherano et l’arbitre, je vais faire comme ci tout allait bien).

30′ Pour le moment on est fébrile, on pue la pression, on fait des erreurs individuelles et les Catalans prennent la confiance. J’ai une pensée pour Javier Pastore. J’aimerai bien faire 2 passes consécutives et conserver un peu le ballon. Mais l’ange du football n’entendra pas ma prière, je le soupçonne presque d’être anti parisien ce soir, ce n’est pas possible.

40′ But pour Barcelone… Le match va être long, très long… Pas eu le temps de voir vraiment, CSC de Layvin Kurzawa, j’ai l’oeil droit qui commence a clignoter, l’adrénaline monte..

On ne lâche pas, le parcage reste présent vocalement, même si cela est difficile sans matériel autorisé, pas de mégaphone, et un parcage tout en longueur qui empêche les uns d’entendre les autres.

Un petit trou dans les chants se fera entendre, lorsque l’un d’eux, inventé par un ensemble de supporter, n’ait pas repris car inconnu des autres. Mais les chants de Paris résonneront vite à nouveau après.

MI TEMPS : Je ne sais pas vous mais au Camp Nou elle était attendue ! On espère que les esprits vont se remettre au carré, nous on en profite pour aller se déshydrater et parler de ce match qu’on sent toujours bien mais… difficile. On est prêt pour attaquer la seconde période, dans tous les cas ça ne pourra pas être pire !

48′ Penalty pour Barcelone ! Ah ben non l’arbitre ne le donne pas ! Ah ben si… Ca pouvait donc être pire. Mais avons nous tout fait ? Un but.. un CSC… un penalty… le panel a l’air complet.

Quelques occases frustrantes comme le loupé de Cavani vont nous faire bondir, on a vu toutes les émotions, le confort d’arriver avec 4 buts d’avance, le stress d’un but adverse direct, la déroute de nos joueurs qui ne prennent pas le match en main… Barcelone est a un but de revenir à égalité. Le parcage sent l’électricité.

63′ Coup franc de Marco Verratti, Kurzawa qui remet de la tête et Edinson Cavani qui enchaîne, c’est le BUT pour le Paris Saint-Germain !

Le parcage devient fou et voit ce but comme la sécurité de se qualifier ! Les supporters descendent taper sur le plexiglas histoire d’interpeller les Barcelonais qui sont dans leur bulle insonoriser → ON EST LA !

80′ Depuis le but parisien, on sent un refroidissement coté catalan, autant en tribune que sur le terrain, il n’y a plus de rythme nulle part hormis dans le parcage parisien qui y croit plus que jamais.

Qui y croit tellement que l’erreur va être faite… Chambrer les barcelonais…

88′ Le scénario vire au cauchemar, but de Neymar. Il retentit comme un coup de massue, on voit que le match n’est pas finie et que ça pousse dans le sens des Catalans.

90′ Penalty pour Barcelone ! On ne sait plus si c’est une caméra cachée ou si l’on est bien en train de voir le pire scénario que l’on pouvait imaginer.

Le parcage est encore présent mais le stress se fait sentir, beaucoup ne chante plus, j’ai qu’une envie c’est d’entendre le sifflet retentir 3 fois… et c’est au même moment qu’on nous annoncera 5 longues minutes de temps additionnel

95′ 6ème but du Barça… c’est tellement incroyable que le parcage s’éteint, d’un seul homme. Cela restera un moment aussi historique que ce match. Toujours dans notre bulle insonorisée. On peut voir les supporters adverses fêter ça, le banc courir sur le terrain, alors que pour nous tout se passe dans un simple murmure. Comme un mauvais rêve dont même l’ambiance ne paraît pas réelle avec ce plexiglas

J’imagine que les parisiens derrière leur TV ont reçu le même uppercut que nous, mais ici, on devra passer ce chaos en regardant les Barcelonais fêter ça… Longtemps… Car on nous laissera sortir qu’en dernier du Camp Nou.

Plus d’une heure d’attente se fera en silence, on regarde quelques vidéos du net histoire de revoir mieux quelques actions et buts. On constate les erreurs d’arbitrage. On a les nerfs.. Ca sert à rien de refaire le match de toute façon, ça ne changera pas l’élimination.

Pour la première fois, je ressens une fatigue extrême, le scénario a eu raison de moi jusqu’à me mettre KO physiquement. Il est temps de rentrer, on dormira peu, mais on essayera..

En tout cas, mon avis ne changera pas. Le FC Barcelone n’a pas gagné par grand mérite, mais par circonstances. On les aide avec un manque de confiance, des erreurs individuelles énormes et un arbitre en grande forme pour être l’un des acteurs principaux de « cette comédie burlesque ».

J’irais me coucher blasée, énervée, frustrée… mais même dans la douleur, fidèle à mes couleurs. Je me réveillerais donc rouge et bleu, comme toujours !

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